24 juin 2009...22:25

Auriez-Vous Du Feu ?

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France Culture parvient encore à L’Aigle ; il doit y rester une poignée d’oreilles. Profitant de ce privilège, et souvent nauséeux du ton professoral de cuistres et leur heure de gloire, j’ai pris pour habitude de m’y brancher dans un état de demi-sommeil. Au réveil ou au coucher, les rêves savent capturer quelques mots hertziens et en faire de merveilleuses fantasmagories. Vous seriez étonnés des mondes déments contenus dans un austère débat économique – ne parlons pas de la messe de Pâques à la cathédrale de Saint-Brieuc.

Lorsque l’expérience dure suffisamment, il peut même arriver que deux émissions se mêlent ; les rêves qui en résultent sont des enfants monstrueux et fascinants, bribes d’un réel lointain pris dans la puissance de notre imaginaire libéré. Le plus intéressant à ce jour est fils de l’histoire du Sri Lanka et d’un débat sur les mères porteuses – que le politiquement correct nommera désormais gestatrices pour autrui, ou la beauté de la langue française – où de superbes paysages inventés furent témoins d’une rhétorique  délirante sur la révolution et le droit des femmes.

Pour continuer de s’émerveiller sur les prodiges de la technologie moderne ; après vous avoir conté les mérites de la radio je suis sur le point de vous dévoiler un secret connu de la seule communauté très restreinte des blogueurs : à l’entrée de mon site, un petit lutin s’attache à comptabiliser le nombre de visiteurs. Je ne l’ai encore jamais vu, car me dit-on mes propres visites ne sont pas prises en compte, mais ses rapports sont extrêmement précis.

Ainsi, j’ai craint un instant de ne savoir réagir face à une trop grande popularité, lorsque le 17 juin 2009 le petit drapeau du petit lutin se leva à 14 reprises. Ce fut un grand tourment : serais-je condamné à reproduire indéfiniment des variantes de mes premiers articles, qui eurent tant de succès, par peur de décevoir un public sans cesse croissant ?

Heureusement tout est bien : depuis trois jours la petite main du petit lutin a levé le petit drapeau une seule et unique fois, alors qu’elle était en train d’abattre sur la (petite) table le valet d’atout qui lui faisait gagner la partie contre le lutin du blog d’à côté. Ainsi, je suis chaque jour rassuré de pouvoir  entièrement détacher ma ligne éditoriale des notions d’audimat, de goût du plus fort ou même de lectorat – je suis libre, je suis polyvalent, j’ai le double statut d’écrivain et de lecteur et je m’acquitte de ces responsabilités de mon mieux, mais toujours selon mon idée. La preuve par l’article de ce soir, qui devrait finir de décourager l’oisif le plus endurci.

J’ai d’ailleurs bien envie d’étrenner ma belle liberté toute neuve, ici et maintenant : je vais tracer un trait horizontal de 4 pixels d’épaisseur à la fin de cette phrase, afin de démontrer ma terrible omnipotence en ces lieux et marquer d’une séparation élégante le passage à un tout autre sujet.



Et voilà.

Il s’agit maintenant de finir pour une fois ce que j’ai commencé. Les lecteurs fidèles l’auront deviné, je vais maintenant parler de James Bond et Jack Sparrow. Pour tout vous dire, il y a une raison à tout en ce bas-monde, et notamment d’avoir gardé ces deux-là pour la fin. Les derniers seront les premiers, ou ils se feront oublier. Non que je sois un oncle éloigné du Petit Poucet – je n’aurais pas le cœur de laisser ces deux-là en forêt, on n’y retrouverait pas l’ogre vivant – mais ces vauriens sont peut-être ceux qui me font le moins parler, de la brochette parcourue. J’ai bien aimé leur prestation, voilà tout.

Seulement tout est changé : maintenant que je me sais livré à moi-même, je peux avancer d’un pas guilleret sur les chemins de l’inconséquence, je n’y ferais pas de mauvaise rencontre. Je me jette.

James Bond est super fort, on en avait eu vent. Dans Casino Royale, il est aussi blond, pas très patient, un peu rustre et très – comment dire – létal. Fin du gentleman une tasse de thé à la main, un peu cabotin pour le frisson de ces dames ; désormais James joue pour son ego plus que pour sa Majesté, a la gâchette et le coup de poing plus facile que la rate, ne fait confiance à personne ; désormais James est un corps, qui cogne, qui fonce, qui séduit, sa tête en premier dans la noirceur de ses rancœurs, de ses vengeances. On sent bien qu’il s’en fout un peu, de financer le terrorisme mondial, de l’espionnage industriel et tout ça ; il n’a aucune envie de sauver le monde – se battre, tuer les méchants, c’est tenter d’apaiser ce gros roulement de rochers au fond de ses tripes, l’orage qui couvre et menace d’exploser. Et ceci est un scoop : Daniel Craig nous le montre, James Bond est très fort par nécessité. Un truc en plus au fond du ventre, du cerveau ou des pieds ; un truc que nous ne pouvons pas comprendre, mais le fait rigoler sous la torture ou lui permet d’envisager sans ciller de tuer la belle Eva qu’il aime tant. Ce n’est pas pour faire le malin ou créer le spectacle ou pour de grandes causes qu’il tue des gens, fait des cascades, séduit de belles femmes – pas même pour l’argent ou la gloire – c’est simplement là qu’il a trouvé l’apogée de sa puissance d’être. Il sait vraiment ce que peut un corps.

Vraiment, James Bond est fort ; Casino Royale et Quantum Of Solace sont les plus forts des James Bond, et pardon pour les puristes.

Jack Sparrow aussi est très fort, mais dans un tout autre style. Il n’a pas très envie de tuer des gens lui, ou alors des pirates mais uniquement s’ils sont déjà morts. Son truc, c’est d’avoir la classe en toute circonstance – il faut le voir au faîte d’une coque de noix en déroute, plus imposant encore que le plus beau des capitaines sur le plus beau des navires. D’ailleurs, pour être un pirate qui ne tue personne, un capitaine sans bateau et un nihiliste chez Disney, il faut vraiment avoir un certain aplomb.

Ce qui est bien, c’est qu’il n’y a pas que le capitaine qui est digne d’intérêt dans Pirates des Caraïbes : tout y fait rêver. Les histoires de pirates nous enchantent, demandez à Peter Pan ; les histoires de mort-vivants nous font délicieusement frissonner ; nous auront droit aux deux, avec en prime un fabuleux trésor, une terrible malédiction, une jolie princesse et un vaisseau légendaire. De là, la réussite est de parvenir à nous plonger dans des joies (à peu près) adultes ; trépigner à chaque prouesse rhétorique de Jack Sparrow ; sourire de son désespoir quand le rhum part en fumée ; s’attendrir des terribles pirates en quête de leurs sensations perdues afin de pouvoir… savourer une pomme ; etc. Tout adulte un minimum sérieux ne peut en ressortir que les yeux brillants.

Une petite image pour alléger cette tartine indigeste :

crochet





Et puis, ne pas vous quitter
sans vous parler
du premier album des
Lounge Lizards
du jazz sans en être
du free mais pas toujours
une drôle de bestiole
dont le sang se réchauffe au soleil.

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