On ne peut vous le cacher, la survie d’une salle de cinéma indépendante relève du chamanisme le plus ésotérique. Levant le doigt au ciel, une baguette de sourcier à la main, il s’agit d’avoir le flair du courant, ne pas se tromper sur le battement d’aile du papillon prédisant le succès d’un film. Plus encore une fois le film en route, affiches brandies, exhortations rituelles : on en viendrait presque à sacrifier un Harry Potter innocent sur nos marches désertées si le tapis rouge de son sang pouvait convaincre le Grand Public de ne pas attendre la sortie du DVD ou l’abrogation d’HADOPI, que les salles obscures sont encore ce que l’on fait de mieux en matière d’image qui bouge et d’univers en suspens.
Tout cela a déjà été dit ; tout cela est terrible ; on finit par ne parler que d’un potentiel d’affluence.
Terminator : 260
Transformers : 380
L’age de glace : toujours plus…
Tout surpris ensuite qu’il reste encore des images, et un peu de bruit par-dessus ; que tout cela ne soit pas qu’un appeau immense et à portée internationale – aux oreilles les plus dures on en rajoutera de la stridence et du feu d’artifice.
Hunger : 23
La frontière de l’aube : 10
Morse : 0
Morse était un joli petit film à ce propos ; dans la salle vide et glacée, dans mon fauteuil rouge et mon manteau à capuche je suis devenu petit enfant. Le vampire est une petite fille de 1000 ans, pieds nus dans la neige suédoise ; le petit garçon solitaire comme il se doit, et rêveur. Je suis jaloux de ce petit garçon solitaire, qui a su trouver un ami imaginaire aussi fantastique et réel – et une amoureuse qui escalade les murs à mains nues. Les adolescents blafards de Twilight le savent bien, qui durent se battre contre les méchants vampires, et les pulsions impures du beau mâle : il n’est pas toujours évident d’être amoureux d’un vampire.
Les enfants suédois n’ont pas peur des vampires, mais des humains – les adultes trop vieux pour comprendre, les enfants déjà perdus pour le rêve, perdus dans leur brutalité ; ils n’ont pas peur des pulsions impures, se blottissent tendrement l’un contre l’autre sous les couvertures la nuit. Ensemble ils n’ont peur de rien, le petit garçon rêveur et la petite fille vampire ; ils traverseront cette vie hostile main dans la main, dans un autre monde, avec leurs règles et leur langage propres.
Tout cela au final est bien triste : il y aura toujours plus d’adolescents blafards effrayés de leurs pulsions impures que de petits garçons rêveurs et de petites filles vampires, et pas uniquement au cinéma.

Il est temps de s’en souvenir : The Congos, quelques (dizaines d’) années avant de glisser leur voix étonnante au nez et à la barbe d’Harison Stafford sur Hebron Gate, avaient réalisé un album des plus réjouissants, Heart Of The Congos. On ne peut plus roots.