Suis-je Vraiment Parti Ou N’Etais-je Pas Absent ?

Donc reprenons, sans transition si possible, ceux qui étaient absents hier se rattraperont sur leurs petits camarades.

Point. Ma première raison est étroitement liée au point précédent. On pourrait presque dire, si la rigueur la plus rigoureuse n’était la clef de voûte de notre petite assemblée, qu’elle est strictement identique. C’est à dire : si je n’ai pas écrit une seule ligne en un an (sur ce blog, et à peu de choses près ailleurs) c’est simplement parce que je n’avais rien à écrire. Ou plus exactement (la rigueur, ai-je dit) parce que je n’avais rien à écrire qui vaille la peine d’être écrit. J’aurais très bien pu vous décrire minutieusement la banquette que je viens d’acheter pour mon nouvel appartement, ou m’empêtrer dans l’exposé de mes états d’âmes les plus futiles, ou fournir un commentaire détaillé de chaque disque que j’écoute, chaque film que je vois, chaque livre que… De nombreux blogueurs le font, quelques-un(e)s parviennent même à rendre ces inventaires quotidiens drôles ou émouvants. D’autres écrivent des livres avec ce genre de matériau. Parfait. Très bien. Ce n’est pas ce dont j’ai envie. Je n’en serais d’ailleurs sûrement pas capable. Ce qui m’a poussé à ouvrir un blog, ce qui me poussait jadis à écrire, c’est le plaisir de se laisser emporter par les mots, les phrases, sans savoir où je vais. Cheminer, rêveur ou exalté, sur un sentier pavé par mes propres soins, vers des terres que je ne connaîtrai sans doute jamais, mais dont le parfum perçant à travers la brume suffit à m’enivrer.

Je crois avoir compris que certaines conditions sont nécessaires (pas toujours suffisantes) pour atteindre ce plaisir. Déjà, le sujet de départ, l’accroche, le seuil, doit porter en lui cette possibilité d’échappatoire, dès le début. Donc pas de banquette achetée chez But (pas pour moi, en tout cas). Pas de pseudo-critique artistique non plus, ou alors de manière à pouvoir en sortir, s’éloigner de l’objet décrit sans même s’en rendre compte. Ce qui demande de la part de celui-ci un certain potentiel, une certaine résonance. Ensuite il faut, bêtement, la dynamique, l’envie, l’inspiration, l’énergie, appelons cela comme ça ; ce qui met l’esprit en mouvement à partir de ce point de départ soigneusement choisi et plein de promesses. Sinon, ça donne la dizaine de commencements d’articles écrits depuis un an. D’un mot à deux ou trois phrases, pas plus.

Ce qui nous mène, de manière aussi inattendue qu’élégante, au deuxième point.

Point. Autre raison, et pas des moindres : je ne supportais plus de me lire. Tout ce que je tentais désespérément d’écrire me semblait plat, boursouflé, pompeux, ridiculement emphatique, etc., etc. Seuls de rares textes, plus ou moins anciens, étaient épargnés ; je me sentais bien incapable d’atteindre à nouveau cette (relative) qualité. Bon, pour être honnête, je pense que je suis simplement un peu plus lucide sur mon style que je trouvais si élégant. Ce n’est pas vraiment une mauvaise chose en soi – je réalise qu’il me reste encore quelque trucs à apprendre, je m’en félicite. Le problème serait que cela m’empêche d’écrire. Par exemple, cet article et celui d’hier : c’est plutôt mauvais, non ? Confus, chargé, j’ai l’impression d’avancer avec des blocs de béton au bout des indexs (tient, index est invariable ou Mr WordPress est trop anglophile pour savoir de quoi l’on cause. Non, la première solution. Bah, passons). Mais l’essentiel… et ça va vous paraître terriblement commun et plat comme remarque, à moi aussi, mais ça montre bien comme j’ai renoncé à la perfection ; mon prénom n’est pas Marcel, et j’aime beaucoup ma maman mais ça ne m’a jamais généré de terribles angoisses si jamais elle ne venait pas m’embrasser le soir – enfin je crois. Tant pis. L’essentiel, dis-je, est le grand plaisir que j’ai à voir s’additionner les lignes de texte sur mon écran, futilité après futilité. Le plaisir aussi, ne nous en cachons pas, d’imaginer un lecteur, réel ou imaginaire peu importe, prendre le temps de lire ces pavés indigestes. Prenons congé de ce point-ci sur cette belle conclusion, et dirigeons nous à pas feutrés en direction du troisième.

Point. Qui est assez mal placé, je trouve. Face à l’éloquence superbe du petit deux, celui-ci fait petit-bras. M’enfin passons – c’est bien l’imprévu que je cherche, non ? La troisième et dernière raison, si vous avez bien compté et que je n’ai oublié personne (pardon aux points que j’aurais pu oublier, vous savez très bien la place que vous tenez dans mon cœur, etc.) la voilà : pendant que la littérature tombait doucement en déshérence, il y en a une qui n’a pas perdu de temps ; et la musique a pris tout le mien. C’est idiot comme excuse me direz-vous :

“On peut très bien faire de l’équitation et aimer la corde à sauter.”

Ce qui est juste (“Ah !”) mais semble ne pas s’appliquer à mon cas (“Pfff… va donc, eh marginal !”). Je suppute – et je ne peux faire mieux – que la pratique et l’étude de la musique n’a pas occupé que mon temps, mais s’est également chargée de satisfaire à des besoins (le mot est fort, disons des désirs) autrefois du ressort de la littérature. L’exutoire, bien sûr, la nécessité d’évacuer par un moyen quelconque (mais agréable, et pourquoi pas joli) le bouillonnement intérieur lorsqu’il se fait trop envahissant. Mais aussi le plaisir purement ludique de jouer avec les formes, les structures. Tenter de s’approprier un ensemble de règles, comprendre les articulations, pour ensuite s’essayer à ses propres constructions. Si l’on s’aventurait dans une archéologie de ce plaisir à travers mon existence, on y retrouverait certainement les légos, ou (moins glamour, mais j’assume) l’algèbre et la programmation. Pense-bête : il me faudrait explorer tout cela un jour. Cela viendra peut-être avec une bafouille sur la musique, ce pourrait être sympa.

Bah voilà, j’imagine que c’est tout ce que j’avais à dire sur le sujet. La fin est abrupte, mais quand y en a pu’…

Allez, une petite conclusion tout de même à cette geste éprouvante :

Si ce que tu fais plaît à tes parents, alors c’est de la merde.


Dixit Vic Chesnutt (je crois). Sans commentaires.

Hop.



Voyant la bande-annonce, j’aurais pensé que Salt serait bien – au moins pour ceux qui apprécient les facéties de Jason Bourne. Mais non.

Pof.

2 Commentaires

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2 réponses à Suis-je Vraiment Parti Ou N’Etais-je Pas Absent ?

  1. maman

    Comme c’est beau mon chéri… je suis si contente que tu aies retrouvé ce goût pour l’écriture, tu as une si belle plume ! Je me désespérais de te relire un jour.

    Gros bisous,
    Maman

  2. leroinu

    Bonjour Maman,
    Votre mot gentil ci-dessus m’eût tant réjoui, s’il n’avait été la suite de ce qui le précède.
    Mais je ne vous en tient pas rancune : bien que vous fassiez preuve de si peu de goût dans vos jugements esthétiques, vous êtes et demeurerez ma chère et adorée mère.
    Dans l’impatience de vous serrer à nouveau dans mes bras,
    Bien sincèrement.

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