Plus je suis sensible à la beauté de l’éloquence, de ces discours acerbes ou gracieux, dont le sens déborde généreusement les contours discernables à l’œil nu, plus ma conversation semble s’appauvrir. “C’est devenu pour nous un besoin que nous ne pouvons satisfaire dans la réalité, d’entendre, dans les situations les plus difficiles, des hommes parler bien et tout au long.” Il peut s’agir de cela : à trop vivre dans les tournures élégantes des livres, les babillages du quotidiens me sont bien fades. Certainement, j’ai toujours eu l’esprit romanesque. Mais mon esprit s’encroûte. Est-ce l’effet de la solitude, ou bien de l’exaltation ? La fainéantise d’un jeune homme blasé ? Je tourne en rond, je ressasse, m’accroche à une idée ou un souvenir plaisant jusqu’à l’idiotie. Ces derniers temps, par exemple, toute conversation n’ayant pas trait, de près ou de loin, à la danse ou la musique, ou à mes lectures en cours – souvent en rapport avec l’une ou avec l’autre – me semble futile. Mes concessions – rares – à la sociabilité se bornent alors à des lieux communs hâtivement piochés dans mon cerveau apathique. On peut s’extasier des progrès réalisés depuis l’époque où la phrase la plus banale m’était difficile à articuler du moment que l’auditoire se composait de plus de deux personnes. On peut admirer cette réserve passant aisément pour une forme de sagesse. Je me désole quant à moi de mon incapacité à m’épandre indéfiniment sur le moindre sujet, comme savent le faire tant de gens de mon entourage. J’aimerais m’épandre, et le faire avec élégance. Si Proust ou Balzac ou Stendhal étaient encore en vie, je leur demanderais d’écrire ma prochaine vie.
L’album sans nom de Girls est des plus insidieux. A la première écoute il ne vous semblera qu’un de ces nombreux disques de pop sucrée qui sortent chaque année – ce qu’il est assurément, mais de manière terriblement addictive.
Et pour vous persuader que je ne passe pas mon temps à écouter en boucle le dernier – ou avant-dernier – album en vogue sur la blogothèque pop (enfin, pas tout mon temps), je vous dirai deux choses : je ne peux écouter le Te Deum d’Arvo Pärt sans chair-de-poule, et j’aime énormément le jeu de Deantoni Parks (entre autres) sur The Biggest Piano In Town, de Grand Pianoramax.
J’aime à voir de nouveau billet poster.
L’Eloquence n’est sûrement qu’une parade pour le non dit.
Et le discoure qui sent la frite en dit peut être en peu trop.