20 juin 2009

Les Morts Même Me Sourient

Le cadavre ouvrit les yeux. Où étiez-vous parti lui dit-on ; à quoi sa bouche fut close, ses yeux d’un éclat d’opale on y lisait des runes inaccessibles et la fraîcheur.

Il sortit.

Le soleil sur ses mains blafardes l’éclairait par en dedans ; c’était un fantôme simiesque qui marchait d’un bon pas, les idées claires et le cœur en déroute ; un sourire rêveur à ces souvenirs lointains d’un monde ou de l’autre. Il se pensa parmi les hommes et les bêtes porteur d’une prophétie muette et imbécile, et il regarda les arbres.

Il regarda les arbres et leurs feuilles et les nervures et la sève en dedans. La sève était son sang, et les feuilles ses larmes. Il souriait d’un sourire triste, il souriait d’un air absent, et les passants l’ignoraient et les passants se retournaient sur son pas léger mais grave sa démarche aux lisières du monde sa joie et sa tristesse.

Mais sa bouche était close, ses yeux d’un éclat d’opale pesaient du savoir de tous les poètes et tous les savants et les prêtres. Quelques brins d’herbe tendre, cela lui parut bien il s’allongea.

16 juin 2009

L’Etrange Itinérance

Suite de l’épisode précédent, et introduction du suivant .

Le cinéma, disais-je il me semble, à la testostérone, avec des flingues et des voitures, des gros bras et des étalages de virilité. Nous faisions assez fort hier, en nous plongeant dans le fracas de la ferraille cybernétique, et les douces mimines d’un Schwarzy numérisé jusqu’au dernier boulon. Aujourd’hui, le muscle prend un peu d’âge – sans perdre en vigueur tout de même – et le rythme cardiaque est à l’aise ; le temps du bayou n’est pas celui de Skynet, même lorsqu’il affronte Katarina. La preuve, on y rencontre encore des soldats confédérés en balade, d’abord comme fantômes – dans la brume épaisse, une nuit un peu étrange arrosée de Dr Pepper au LSD – puis simples vacanciers, la tente dans le jardin et la photo-souvenir sous le soleil du sud.

Ces soldats, parasitant le film de l’intérieur, imposent leurs règles à une enquête policière au pitch assez convenu – un sadique fait subir les pires outrages à des jeunes filles plus ou moins innocentes. Le flou existentiel dans lequel ils baignent s’étend peu à peu à toute l’intrigue, aux rapports entre les gens, au gentil ourson et la méchante bavure, la loi et l’ordre, l’ordre sous le fouillis apparent et la torpeur des eaux stagnantes, la loi du shérif et rien d’autre.

Du coup, Tavernier transforme un genre assez pénible – qui a tué qui, ne m’a jamais emballé – en objet bizarroïde, au fantastique paisible et pas encombrant, avec la compagnie plaisante de ratons laveurs domestiques et d’alcoliques repentis.

tanuki

Je trouve assez désolant de constater à quel point la propension à faire de long discours sur un film est inversement proportionnelle à l’intérêt qu’on lui  porte. Enfin, souvent en tout cas – il est bien sûr des films dont on ne peut que parler, tenter d’apprivoiser un peu ce qu’ils remuent en nous, ou leur complexité ou… Mais lorsque notre admiration tient à une atmosphère, à l’indicible merveilleux du cinéma on ne saurait qu’accumuler des détails inutiles, des anecdotes, sans parvenir à trouver les mots qui ne trahissent pas cette admiration.

J’ai vu Hiroshima mon amour au Reflet-Médicis ; à la fin de la projection une discussion était prévue par le ciné-club de la Sorbonne. Je n’ai rien entendu du ciné-club de la Sorbonne sur Hiroshima. Les premiers mots de la première phrase m’ont paru insupportable ; tout mot de toute phrase me paraissait insupportable ; seule la rue des écoles la nuit, et les rats qui traversent le trottoir ont pu me redonner la parole. Mais pas un mot au sujet d’Emmanuelle Riva, de Nevers, pas un mot au sujet des ongles ou des cheveux qui tombent fauchés par la bombe ou les ciseaux ; ce film est un bloc d’affects que je ne peux percer.

Tout cela n’est pas très sain, sans doute : un film qui nous touche doit être un point sur une ligne de fuite, pas un bloc d’inaccessible. Il faut pouvoir écrire sur les films que l’on aime, les dérouler ; quitte à en dire n’importe quoi – j’entends n’importe quoi au sens journalistique, de l’incohérence, des “bêtises” – tenter de construire son propre film.

En tout cas, c’est ainsi je pense que l’on peut s’affranchir des films comme de toute oeuvre d’art en tant qu’objet esthétique ; éviter la collection de papillons. C’est important pour moi, et c’est pourquoi je fais exactement le contraire – tout voir, tout connaître, ne rien penser.

Deux petites appartés avant de partir :

D’une, j’ai vu hier Lumière Silencieuse, et c’était un remake inavoué d’Ordet au Mexique ; moins le verbe – autant dire qu’il ne reste plus grand chose.

De deux, Unknown Pleasures est un excellent album. C’est pas un scoop mais ça fait toujours du bien de le dire.

15 juin 2009

De La Madeleine, Et Les Autres

Ne cherchez pas, le titre ne signifie rien. C’est encombrant, les titres, dans un blog qui ne parle de rien, alors autant leur rendre la liberté.

Aujourd’hui les grenouilles s’empiffrent, et les marteaux piqueurs ne vont pas tarder à amerrir – c’est un beau jour, pour parler cinéma. Pour tout vous dire,j’ai de la matière : depuis que je suis projectionniste à L’Aigle (61) je vois deux fois plus de films qu’avant. D’une, parce que mon métier me permet d’aller au cinéma gratuitement – voire même, d’être payé pour y aller – ce qui encourage pas mal la cinéphilie ; de deux… parce que je suis à L’Aigle.

Grâce à la superbe médiathèque de ma paisible bourgade – que les responsables de sa construction, du maire aux ouvriers en passant par l’architecte, soient bénis sur sept générations pour cette bouée de sauvetage lancée au milieu des champs et des bars PMU – je peux ainsi m’organiser des semaines à thèmes, en fonction des (nombreuses) lacunes parsemant ma culture cinématographique. Il y eut la semaine Cocteau, la semaine Tarkovsy, la semaine Alejandro Amenabar… La dernière en date était la semaine “dentelles et petits fours”. Au menu : Terminator “Renaissance” et Dans La Brume Electrique au cinéma ; Pirates des Caraïbes, Casino Royale et Heat en DVD.

Moins que des critiques, et plus que de simples commentaires expéditifs, voilà ce qui vous attend dans les prochains jours, le temps que je vous donne mon avis impartial sur ces œuvres – et que je trouve un autre sujet de discussion que le cinéma, sujet ô combien bloguisé.

Et nous commençons en beauté avec :

Terminator Renaissance

(lire si possible en prenant une grosse voix et avec beaucoup d’emphase, merci)

Dans mon souvenir, les trois premiers étaient pas mal – enfin surtout ceux de Cameron, enfin surtout le deuxième. Ils nous laissaient entrevoir, par quelques plans subtils – par exemple des crânes humains piétinés par des machines implacables – un avenir terrifiant, l’enfer sur Terre ; puis catapultaient depuis cet enfer un infime fragment de l’horreur, directement dans notre époque. Ce résidu d’enfer – à la carrure de Schwarzenegger, mais résidu quand même – suffisait à rendre notre monde – archaïque, mais tellement paisible – invivable pour les héros, les futurs sauveurs de l’humanité.

Et je trouve ça plutôt bien joué : l’enjeu, qui consistait à éviter à tout prix le futur annoncé, s’en trouvait sacrément renforcé. Si la présence d’une seule de ces machines tueuses est déjà un cauchemar, que serait un futur dominé par elles ?

Évidemment, la renaissance déçoit dès le pitch. Malgré tous nos efforts, nous voilà au final dans ce futur que l’on n’aura pas su transformer, nous voilà en enfer… sauf que non. Evidemment, l’enfer n’est pas représentable, pas racontable (à part, peut-être par Pasolini, mais c’est une autre histoire), et leur désert au couleurs délavées renvoie plus à l’Irak qu’au châtiment éternel. Le mythe s’effondre : ce n’est qu’un film de guerre de plus, John Connor n’est qu’un petit con prétentieux qui se serait sûrement bien vu mourir sur une croix il y a quelques deux mille ans, et le pétrole n’est même pas épuisé.

La suite ? Donnez deux heures à un scénariste hollywoodien aguerri, avec pour consigne de n’oublier aucun des ingrédients et rebondissements essentiels à un bon film d’action, et il vous la racontera au tir de roquette près.

On pourra éventuellement s’attarder sur le personnage de Marcus, hybride indécidable entre la machine et l’humain, qui aurait pu sauver le film si le réalisateur ne l’avait pas traité comme le traitent tous les protagonistes du film : un outil, une simple pièce de tissu bien utile pour raccomoder les vieilles chaussettes trouées.

John Connor est un con

Enfin… Pour se gorger de tendresse  et de sensibilité après tant d’émotions viriles, je vous conseille l’album Poison de Jay-Jay Johanson, qui ne quitte pas mes longues après-midi pluvieuses en ce moment – et le ciel et les vaches savent que cela ne manque pas par ici.

14 juin 2009

Premiers Pas

Bon voilà, je ne sais pas ce qui m’a pris – on dit toujours ça, quand le Roi naît, et c’était pas prévu – il est là et je ne sais trop qu’en faire.

Pourquoi avoir créé un blog ?

Pour écrire je suppose. Tous ces mots qui ne feront rien de sérieux ni de vraiment intéressant de leur existence fragile, mais aspirent à l’air libre depuis leurs recoins sombres – que leur offrir ? Ceci : la magie vaine de l’ère interactive, la visibilité suprême, le monde entier – ou presque : le monde entier doté d’un clavier, d’une connexion internet, et ayant suffisamment peu le sens de l’orientation webistique pour venir s’échouer ici.

Pour être lu ? Pas forcément. C’est d’ailleurs quelque chose que je ne m’explique pas vraiment : quelle différence, entre un bête journal intime caché sous les caleçons dans le deuxième tiroir de la commode, et un blog ouvert à tous vents, mais fréquenté par eux seuls ? Peut-être, mais ce serait un peu décevant, simplement l’espoir secret et inavoué d’être lu tout de même ; l’hypothèse d’une âme obscure se penchant quelquefois sur mes textes sans fond ni forme. Juste, et vulgairement et banalement : une histoire d’ego ?

J’espère que non.

Je ferai donc comme une multitude de bavards introvertis, narcissiques et désoeuvrés avant et après moi : écrire sur rien, pour rien. Mais dans l’espace tentaculaire, éthéré et définitivement moderne du web 2.0 – et là je me dis que Facebook peut ne jamais voir ma tronche, je suis à n’en pas douter un homme de mon temps.

14 juin 2009

Faire-Part

Le Roi est né ! Il braille, pleure, se dépatouille comme il peut de ses doigts ankylosés.