Ne cherchez pas, le titre ne signifie rien. C’est encombrant, les titres, dans un blog qui ne parle de rien, alors autant leur rendre la liberté.
Aujourd’hui les grenouilles s’empiffrent, et les marteaux piqueurs ne vont pas tarder à amerrir – c’est un beau jour, pour parler cinéma. Pour tout vous dire,j’ai de la matière : depuis que je suis projectionniste à L’Aigle (61) je vois deux fois plus de films qu’avant. D’une, parce que mon métier me permet d’aller au cinéma gratuitement – voire même, d’être payé pour y aller – ce qui encourage pas mal la cinéphilie ; de deux… parce que je suis à L’Aigle.
Grâce à la superbe médiathèque de ma paisible bourgade – que les responsables de sa construction, du maire aux ouvriers en passant par l’architecte, soient bénis sur sept générations pour cette bouée de sauvetage lancée au milieu des champs et des bars PMU – je peux ainsi m’organiser des semaines à thèmes, en fonction des (nombreuses) lacunes parsemant ma culture cinématographique. Il y eut la semaine Cocteau, la semaine Tarkovsy, la semaine Alejandro Amenabar… La dernière en date était la semaine “dentelles et petits fours”. Au menu : Terminator “Renaissance” et Dans La Brume Electrique au cinéma ; Pirates des Caraïbes, Casino Royale et Heat en DVD.
Moins que des critiques, et plus que de simples commentaires expéditifs, voilà ce qui vous attend dans les prochains jours, le temps que je vous donne mon avis impartial sur ces œuvres – et que je trouve un autre sujet de discussion que le cinéma, sujet ô combien bloguisé.
Et nous commençons en beauté avec :
Terminator Renaissance
(lire si possible en prenant une grosse voix et avec beaucoup d’emphase, merci)
Dans mon souvenir, les trois premiers étaient pas mal – enfin surtout ceux de Cameron, enfin surtout le deuxième. Ils nous laissaient entrevoir, par quelques plans subtils – par exemple des crânes humains piétinés par des machines implacables – un avenir terrifiant, l’enfer sur Terre ; puis catapultaient depuis cet enfer un infime fragment de l’horreur, directement dans notre époque. Ce résidu d’enfer – à la carrure de Schwarzenegger, mais résidu quand même – suffisait à rendre notre monde – archaïque, mais tellement paisible – invivable pour les héros, les futurs sauveurs de l’humanité.
Et je trouve ça plutôt bien joué : l’enjeu, qui consistait à éviter à tout prix le futur annoncé, s’en trouvait sacrément renforcé. Si la présence d’une seule de ces machines tueuses est déjà un cauchemar, que serait un futur dominé par elles ?
Évidemment, la renaissance déçoit dès le pitch. Malgré tous nos efforts, nous voilà au final dans ce futur que l’on n’aura pas su transformer, nous voilà en enfer… sauf que non. Evidemment, l’enfer n’est pas représentable, pas racontable (à part, peut-être par Pasolini, mais c’est une autre histoire), et leur désert au couleurs délavées renvoie plus à l’Irak qu’au châtiment éternel. Le mythe s’effondre : ce n’est qu’un film de guerre de plus, John Connor n’est qu’un petit con prétentieux qui se serait sûrement bien vu mourir sur une croix il y a quelques deux mille ans, et le pétrole n’est même pas épuisé.
La suite ? Donnez deux heures à un scénariste hollywoodien aguerri, avec pour consigne de n’oublier aucun des ingrédients et rebondissements essentiels à un bon film d’action, et il vous la racontera au tir de roquette près.
On pourra éventuellement s’attarder sur le personnage de Marcus, hybride indécidable entre la machine et l’humain, qui aurait pu sauver le film si le réalisateur ne l’avait pas traité comme le traitent tous les protagonistes du film : un outil, une simple pièce de tissu bien utile pour raccomoder les vieilles chaussettes trouées.

Enfin… Pour se gorger de tendresse et de sensibilité après tant d’émotions viriles, je vous conseille l’album Poison de Jay-Jay Johanson, qui ne quitte pas mes longues après-midi pluvieuses en ce moment – et le ciel et les vaches savent que cela ne manque pas par ici.